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Sierre-Zinal : le choc des générations

Depuis 43 ans, le Valais vibre au rythme de Sierre-Zinal, et tout l’univers de la course de montagne se joint à lui. Les plus grands champions viennent s’y mesurer, année après année. Et pourtant, le comité d’organisation limite sa communication au strict minimum. Dans un calendrier toujours plus fourni, comment cet événement fait-il pour garder sa position de leader sur la liste des plus belles courses au monde ? Décryptage.

 

Pour les fidèles, on court la Sierre-Zinal – SZ pour les intimes – comme l’on participe à un pèlerinage. Quant aux novices, ils réfléchissent à deux fois avant de s’inscrire. Le nombre de participants est limité et c’est un véritable cérémonial qui accompagne la course. Au-delà de l’épreuve, les heures qui précèdent le départ sont cruciales. On pourra passer la nuit dans l’un des dortoirs mis en place par l’organisation : un matelas de mousse et une vieille couverture militaire pour une nuit fugace parmi une centaine de coureurs. On pourra prendre le départ muni d’une lampe frontale ou compter sur la bienveillance des autres participants. On pourra choisir entre un départ sur route ou rejoindre directement le sentier raide qui traverse les premiers 1500 mètres de dénivelé positif presque ininterrompu à travers la forêt.

Plus qu’une course de montagne, la SZ est une légende. Entourée d’une aura médiatique incommensurable, elle effraie autant qu’elle fascine. Malgré une distance qui ne lui permet pas de se classer parmi les ultra, elle attire une foule de sportifs venus du monde entiers, professionnels et amateurs. Mais lorsque l’on examine avec attention la communication établie autour de l’événement, force est de constater le peu de moyens mis en œuvre.

Sur le site web de SZ, aucun espace réservé à la presse n’est proposé. Les liens vers les réseaux sociaux sont invisibles et la page Facebook de l’événement compte moins de 6’000 J’aime. On est loin des 630’000 aficionados de Kilian Jornet, le champion espagnol de trail vainqueur des deux dernières éditions, absent en 2016 pour tentative de record sur l’Everest… Le décor est planté.

C’est là le paradoxe de SZ. Peu d’affichage, aucune publicité dans la presse, une présence en ligne quasi inexistante. Malgré cette discrétion assumée, un succès permanent depuis des décennies. Forte de sa réputation, la Course aux Cinq 4000 peut compter sur ses champions pour développer son image, au-delà de l’histoire régionale. Jonathan Wyatt, Yngwild Kaspersen, Stevie Kremer… Autant de trailers professionnels, équipés par Salomon Running, qui relaient à force d’images filtrées et de vidéos en direct une certaine réalité de la course de montagne.

Le gap générationnel est frappant. D’un côté un événement presque traditionnel, quasiment immuable. De l’autre, des sportifs éclairés sur ce qui leur permet de se distinguer des autres : une communication axée sur les réseaux sociaux, des images virales, la fraternité du sponsor. Sierre-Zinal est pérenne grâce à ce qu’elle refuse de devenir. Course de montagne et non pas trail. Tout vient d’une simple distinction de vocabulaire, une nuance d’apparence inoffensive et cependant lourde de sens. L’authentique se défend de l’emballement médiatique autour de la discipline. Et c’est pourtant à travers cette évolution que l’une des plus belles courses d’Europe continue de faire rêver les foules. Le paradoxe est bien là.

Cet article mérite d'être lu

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2 commentaires
  • perrolive@gmail.com

    Tout le paradoxe de la communication en un article bien écrit.

  • Muller Caroline

    Ce qui fait que cette course est extraordinaire provient aussi de 2 éléments non mentionnés ici mais qui sont importants me semble-t-il. Sierre-Zinal fait partie des doyennes des courses de montagne. Son panorama, les 5 quatre mille parlent d’eux-mêmes, et le départ en touriste, en font une exception. Et force est de constater que la direction en appelant sa catégorie “touriste” a eu le nez fin 😉
    Bravo pour cet article et votre analyse, très juste par ailleurs!