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Le regard au-delà de l’objectif

Orlando Suero, vous connaissez ? Non ? Tant mieux. Votre surprise n’en sera que plus grande quand vous découvrirez les quelque deux cents photos de cet album sobrement intitulé Orlando Photography.

 

Orlando Suero a moins de 30 ans quand il réalise son premier coup, une série sur un jeune couple promis à un bel avenir, le sénateur John F. Kennedy et son épouse Jacky. Le couple vient de s’installer à Georgetown et Orlando passe cinq jours avec eux. Tout ce qui fera son succès par la suite est déjà présent dans les quelques photos prises à cette époque : fraîcheur, spontanéité, naturel.

Orlando est passionné, chaleureux et semble faire oublier à ses modèles qu’il est en train de les photographier. Peu de poses dans cet album, mais beaucoup d’éclats de rire, de moments de détente. Les moments anodins se révèlent ainsi pleins de vie et d’intérêt. Prenez par exemple cette photo de 1966 où les vedettes hollywoodiennes Charlton Heston et Rock Hudson attendent d’être présentés à la princesse Margaret. On ne voit pas la poignée de mains, on ne voit même pas la sœur de la reine d’Angleterre, non, on ne voit que deux acteurs assis sur une chaise dans un couloir anonyme. On les sent un peu tendus, comme s’ils allaient tourner. Et d’une certaine façon ils vont jouer, jouer un rôle face à une princesse qui ne connait d’eux que l’image qu’ils donnent à l’écran. Toute une histoire à deviner dans un cliché qui n’a à priori rien d’inoubliable.

C’est tout le charme des photos d’Orlando.

Certes, c’est du photojournalisme, pas forcément de l’art estampillé comme tel, mais quand les clichés vous touchent, suscitent une émotion, on se dit qu’on est en face d’un grand photographe. Devant son objectif, les vedettes se font fantaisistes : Brigitte Bardot fait le pitre en Charlot sur la plage pendant le tournage de Viva Maria de Louis Malle, Tony Randall se retrouve dans un lit King Size avec un lion, Francis Ford Coppola d’avant Le Parrain joue du violoncelle sur un plateau de tournage (pose-t-il avec l’instrument ou sait-il vraiment en jouer ?).

L’époque est à l’insouciance et à la légèreté, la crise est un mot inconnu, les stars savent encore faire rêver et les starlettes sont d’une beauté insolente, à l’image de Sharon Tate dont Orlando fait un superbe portrait en 1966. Avec lui, le quotidien gagne ses lettres de noblesse, car il permet aux acteurs, actrices, comédiens, réalisateurs de baisser la garde et de se montrer tels qu’ils sont dans la vraie vie. Ils s’y révèlent parfois surprenants (certaines des images présentées dans ce beau livre n’avaient encore jamais été publiées) mais parfois aussi fidèles à l’image que l’on a d’eux. C’est à se demander s’ils jouent la comédie ou se contentent d’être eux-mêmes, tout simplement.

La photo conduit donc à se poser des questions qui n’ont rien de photographique, mais qui touchent à l’apparence, à l’image, à la construction d’une image mais aussi à la vérité. À quel moment est-on vraiment soi-même ? Faut-il faire sauter ses modèles comme Halsman pour révéler leur « vraie personne », ou les coincer entre deux panneaux de bois assemblés en coin comme Irving Penn ? Orlando Suero choisit une troisième voie, celle de la vie quotidienne. Pas ou peu de photos en studio mais des clichés saisis au naturel, quand on ne s’y attend pas forcément. Pas d’artifice, pas de chichi ; la vie, la vraie, celle faite de petits riens qui font tout et nous invitent à imaginer le mouvement dans ces images arrêtées.

Orlando Photography est publié chez Hatje Cantz

Un peu plus sur ce photographe

Né en 1925, Orlando Suero découvre la photographie en 1939 avec le Kodak Jiffy que lui offre son père. Il suit ensuite les cours du New York Institute of Photography. Il travaille ensuite dans divers magasins ou laboratoires de photo, dont Compo Photo Color où il s’occupera des tirages de la mythique exposition The Family of Man d’Edward Steichen. Au cours de sa longue carrière, il a photographié certaines des plus grandes stars de Hollywood et notamment Natalie Wood, Michael Caine, Robert Redford, Frank Sinatra, Paul Newman, Jack Nicholson et Dennis Hopper.

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