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Hackhaton : Des hackers, des hustlers et des hipsters au secours du commerce local

Un marathon ? Non, un hackathon ! Le week-end du 19 et 20 novembre 2016, l’espace de coworking Seedspace a organisé le premier Mobile Hack Geneva dans ses nouveaux locaux du quartier de la Praille. Placé sous le signe des solutions mobiles visant à stimuler le commerce local, l’événement a réuni près d’une trentaine de participants aux compétences complémentaires. A la clé, les projets vainqueurs gagnent l’opportunité de démarrer leur startup avec 6 mois de location de bureaux offerts et un coaching hebdomadaire. Cominmag était présent et vous raconte un week-end aux allures de sprint.

 

36 heures chrono. Non, il ne s’agit pas d’un énième spin off des aventures de Jack Bauer, mais bien du temps laissé aux participants pour imaginer une application mobile venant en aide au commerce local from scratch, pour reprendre un des anglicismes si cher aux spécialistes sales. Ces derniers, avec développeurs et créatifs (Ndlr : on parle aussi de Hustlers [vendeurs], Hackers, [développeurs] et Hipsters [créatifs]. Trois ‘H’ pour dénommer les forces nécessaires au démarrage d’une startup), avaient rendez-vous le samedi matin dans les locaux fraichement ouverts de Seedspace à la Praille pour former une équipe et remplir le défi qui leur était soumis.

Le temps étant compté, le petit-déjeuner et le traditionnel discours d’accueil ont très rapidement laissé place aux pitchs introductifs des participants venus avec une idée. Si huit concepts ont été présentés, 6 équipes se forment dans un premier temps. La faute aux développeurs. Peu nombreux, ils sont la perle rare que tout le monde s’arrache. Pour Adrien Geyer, Sales Wizard chez Seedspace et responsable événementiel du Mobile Hack, cette rareté de développeurs s’explique par la concurrence d’un autre hackathon organisé durant le même week-end. « Heureusement que notre événement est davantage axé sur le commerce et que les sales ont un grand rôle à jouer, car si nous étions uniquement orienté technologie, cela aurait posé problème. » confie-t-il. Si les organisateurs s’attendaient à accueillir plus de participants, ils profitent de cette première édition pour apprendre : « Les étudiants des Hautes-Ecoles sont en pleine finalisation de leur projet de fin d’année. Difficile donc pour eux de se libérer. On remarque aussi que l’inconnu fait peur aux Suisses. Ce n’est pas évident de rencontrer des personnes en quelques minutes pour s’engager potentiellement pendant 6 mois avec eux, voire, dans le meilleur des scénarios, encore plus longtemps ». Pendant ce temps, les entrepreneurs ne tardent pas à démarrer leurs séances de brainstormings. On verrait presque de la fumée s’échapper des différentes salles de réunion de l’espace de coworking.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les profils des participants sont ultra hétéroclites : du sans-emploi à l’entrepreneur en passant par l’étudiant ou la personne souhaitant un tournant dans sa carrière. « Près de 80% de nos participants sont actifs », note Adrien Geyer. On remarque aussi un bon mix au niveau des âges, allant de 20 à 40 ans et, surtout, une présence féminine assez forte, ce qui réjouit les organisateurs. A côté de cela, le jury qui aura la lourde tâche de départager les équipes à la fin du week-end est bien plus masculin, avec une seule femme aux côtés de cinq hommes. Enfin, des mentors viendront coacher les équipes tout au long du week-end, et remettre en question leurs projets. Alors que ces derniers commencent leur tour d’horizon, Alain Berloty, chef du projet « Fast&Curious », nous confie que le passage des mentors montre que « les questions les plus anodines peuvent déstabiliser ». Ce jeune entrepreneur est venu participer au Mobile Hack afin de « challenger son concept ». Bien que cette expérience soit sa première dans un Hack-A-Thon, il ne s’inquiète pas de partager le développement de son concept avec des inconnus : « De toute façon, est-ce qu’on a d’autres choix ? C’est avant tout une belle opportunité, d’autant plus qu’ils hésiteront beaucoup moins à me remettre en question ».

La cohérence récompensée
La nuit passe, pas aussi réparatrice qu’escompté. Pour certains, elle fut très courte, comme nous l’explique Nicolas Pierre, venu présenter son projet mais qui a dû se résoudre à joindre une autre équipe : « Je n’ai dormi que 20 minutes cette nuit. Une fois le boulot terminé avec mon équipe, j’ai profité de plancher encore un peu sur mon idée ». Pour d’autres, elle fut d’autant plus mouvementée que le lendemain, il ne restait plus que 5 teams en course. Un projet a donc capoté en cours d’événement pour cause de désaccord entre les membres. « Il arrive régulièrement qu’une équipe n’aille pas au bout dans de tels événements », explique Jérôme Favoulet, membre du jury ayant assisté à tous les startups week-end depuis 2010 en sa qualité de directeur de la Fondetec, Fondation communale pour le développement des emplois et du tissu économique en ville de Genève, partenaire de l’événement. Alors que les équipes sont en plein sprint pour proposer un pitch final de bonne facture, ce juré nous explique qu’il sera très attentif au business model des différents projets : « Le vainqueur devra être étonnant et se différencier de ce qui existe sur le marché. Son modèle d’affaire sera l’élément central  : il devra être réalisable et permettre à l’entreprise de se développer sans s’éloigner de la thématique locale et de ce que les commerçants sont capables de faire. »

En effet, certains participants sont arrivés avec des projets dans une phase déjà avancée, comme nous l’explique Stéphane Journot, cofondateur de Seedspace et organisateur du Mobile Hack. Cette stratégie comporte le risque d’être assez écarté de la thématique de base et le jury ne manquera pas de le faire remarquer aux équipes concernées. Il est 18h et la salle de conférence commence à se garnir d’une belle assemblée. Les pitchs vont pouvoir commencer. Comme prévu, les projets répondent plus ou moins à la problématique initiale. On remarque surtout que certains ont oublié l’aversion des commerçants locaux pour le digital et les plateformes de e-commerce, qui cherchent à récupérer leur clientèle. Après délibération du jury, le couperet tombe et c’est bien les concepts qui auront le plus intégrés ces éléments qui seront récompensés. Le vainqueur est donc le projet Kwak, qui sera le seul à s’être rendu directement sur le terrain à la rencontre des commerçants pour son moteur de recherche référençant les produits locaux, suivi par le projet Local Gem, un site de bonnes affaires pour commerçants locaux [vous trouvez une présentation des cinq projets finalistes dans l’encart ci-dessous]. Les entrepreneurs repartent avec 6 mois d’accès aux locaux de Seedspace et un mentoring hebdomadaire, avec en ligne de mire le « pitching day » où ils viendront présenter leurs idées et tenter de lever des fonds pour leur startup.

Si les entrepreneurs n’ont pas rigolé tout le week-end, c’est bien 36 heures placées sous le signe de la bonne humeur qui s’achèvent. Une belle réussite pour les co-organisateurs Seedspace et ESH Médias : « Nous nous réjouissons des prochains hackathons, que nous allons organiser de façon plus régulière ! Le prochain aura probablement lieu dans le courant de l’année 2017. » Les participants malheureux, quant à eux, ne repartent pas vaincus et continueront de développer leurs solutions, enrichis par les nombreux liens tissés et par les apprentissages du week-end.

Les cinq projets finalistes

GeKo : Uber du recyclage
Et si les containers de recyclage venaient à nous au lieu de l’inverse ? Derrière cette idée alléchante se cache le concept GeKo, un système de récupération des déchets qui déleste le commerçant en récupérant les recyclables directement à la boutique. Son fonctionnement est simple : une application permet aux commerçants, puis, à terme, aux simples particuliers, de demander le levage de ses déchets sur un créneau horaire à choix. A l’image des chauffeurs Uber, un « livreur » de déchets vient les récupérer à bord de son vélo équipé d’une remorque où se trouvent des caisses pour les différents types de déchets. Non-content d’améliorer le recyclage en vue de la nouvelle politique de la Ville de Genève, cette application doit venir en aide aux commerçants en leur permettant de libérer de l’espace de travail et de consacrer davantage de temps à leurs ventes au lieu de gérer leurs déchets. De plus, la possibilité d’utiliser les remorques de près de 3 mètres de long comme panneau d’affichage leur permet de financer le fonctionnement de ce nouveau service.
Si l’on a du mal à envisager comment cette solution améliorerait concrètement le commerce local, elle séduit par l’aboutissement de son business model, ayant pensé jusqu’à la commercialisation d’espaces publicitaires et aux méthodes de rétribution des coursiers. Son ancrage dans l’air du temps avec la problématique du recyclage en Ville de Genève en fait un très beau participant.

Fast&Curious : La méthode de sondage ultra rapide pour se rapprocher des clients
Les marques se demandent souvent comment se rapprocher de leurs clients. Fast&Curious se présente comme la solution. Il s’agit d’une nouvelle méthode d’interview minute prenant la forme d’un « tu préfères », ces fameuses questions dichotomiques aux choix si impossibles. Misant la carte du trendy et de la viralité, ces mini interviews sont en fait des sondages déguisés permettant aux marques de se faire connaître de manière décalée et d’en savoir un peu plus sur leurs clients, obligés d’être honnêtes avec seulement trois secondes pour donner leur réponse. Grâce aux nouvelles technologies de reconnaissance faciale et vocale, ce logiciel permet de capturer et d’analyser les émotions et opinions des gens. D’habitude indicibles, ces éléments permettront par exemple aux commerçants de savoir pourquoi les clients ne se pressent pas aux portes de leur boutique.
Pour un projet déjà élaboré avant le Mobile Hack, on pouvait s’attendre à une meilleure mise en relation avec le thème du week-end. Bien que le concept puisse ressembler aux méthodes de sondage Facebook ou Twitter, on adore l’utilisation de la vidéo et le traitement des datas qui en découlent, même si on a du mal à s’imaginer les commerces locaux s’en emparer. Peut-être une application dans le monde politique ou culturel serait-elle plus pertinente ? A suivre…

Global Pink : La consigne intelligente
Le recyclage a la cote ce week-end. Mais cette fois, les containers restent sur place et c’est les commerçants qui en profitent. Global Pink, c’est l’application en Suisse d’un système déjà mis en œuvre dans la région marseillaise. Pour encourager le tri, cette application mise sur la récompense de ses utilisateurs. Ces derniers s’inscrivent sur l’app et se rendent dans leur centre de tri le plus proche. Là, ils sont reconnus avec leur portable au moyen d’une borne installée sur le réceptacle. Pour chaque déchet, la personne est récompensée par des points donnant droit à des rabais et des offres chez les commerçants partenaires, favorisant par la même occasion la fréquentation des enseignes locales et leur offrant un nouveau canal pour se faire connaître.
À nouveau, pour un projet dont il était uniquement question d’adapter le business model au contexte suisse, on pouvait s’attendre à un meilleur ancrage dans le thème du week-end. On appréciera l’effort de penser à récompenser les gens triant leurs déchets plutôt que de les taxer avec des sacs. De plus, l’importation de la technologie de TerraDonna (société qui exploite déjà ce système) relève de coûts importants, malgré un potentiel d’amortissement rapide. Surtout, on aura peu vu d’évolutions du projet sur le week-end, mais on se réjouit déjà de la voir appliquée, puisque les discussions sont d’ores et déjà engagée avec la Ville de Genève et la grande distribution.

Runner up : Local Gem : Les bonnes affaires locales
Une robe de grand couturier à un prix tout à fait raisonnable ? Cela ne se trouve pas à Genève. Enfin, on ne la trouvait pas avant My Little Mag, l’application développée par l’équipe Local Gem. Partant du principe que l’on peut être étonné des bonnes affaires réalisables dans les petits commerces du cru, My Little Mag est une application permettant aux commerces locaux d’afficher leurs supers offres. S’apparentant à un outlet store pour marques locales, l’application mise sur la carte de la simplicité pour que les commerçants puissent facilement poster leurs offres depuis leurs smartphones. Avec un modèle basé sur la rémunération à la commission, My Little Mag promet d’offrir aux petits magasins la possibilité de concurrencer les grands en étant tous recensés sur la même page.
Voilà un projet mettant vraiment les préoccupations des commerçants locaux au centre de sa solution. On appréciera la présentation du squelette et de l’architecture de l’app lors du pitch, ainsi qu’un planning clairement défini. La flexibilité du produit le démarque clairement des autres, avec une offre simplifiée pour les shops mais aussi la possibilité de retirer les achats en magasin ou de les faire livrer. En bref, un site de petites annonces pour commerces locaux récompensé à sa juste valeur.

Vainqueur : Kwak : Le moteur de recherche du local
Et si les commerces locaux venaient concurrencer les e-commerces directement sur leur terrain ? Avec Kwak, l’heure de la revanche a sonné ! Cette application est un moteur de recherche qui doit permettre aux clients de savoir quels produits sont en magasin en direct sans être obligés de se rendre dans tous les shops pour dénicher l’objet de leur désir. Grâce à Kwak, les commerçants peuvent directement enregistrer et gérer leurs stocks sur l’application, qui fait également office de vitrine dynamique et de site web. L’app se rémunère par le prix raisonnable que les commerçants régleront pour un certain nombre d’articles inscrits. Et comme les commerçants ne sont pas toujours à l’aise avec les technologies, un service personnalisé est proposé. Mais attention, on ne parle pas de plateforme e-commerce. En finalité, les clients n’ont d’autres choix que de se rendre directement dans la boutique pour récupérer le produit réservé. Malin pour dynamiser un centre-ville tout en s’adaptant aux clients désireux de faire leurs achats sans passer des heures en lèche-vitrine.
Un vainqueur qui mérite sa place ! Seul projet à avoir prospecté directement chez les boutiquiers carougeois, l’app a su s’adapter aux réticences pour proposer une application simple d’utilisation pour les commerçants et un moteur de recherche au design soigné pour les clients. Avec un pitch complet répondant à tous les critères, une première démo de l’app et des efforts de recherches sur le terrain, Kwak est le vainqueur naturel de ce premier Mobile Hack Geneva. En attendant la suite du projet, un grand bravo à eux !

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