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Artiste ou journaliste ?

Cette année, la Biennale d’art contemporain de Lyon réunit, jusqu’au 3 janvier, des artistes souvent très directement en prise avec le réel. Son commissaire, le Chinois Hou Hanru, estime qu’il faut repenser la relation entre les artistes, l’art et les gens afin que « le lien entre la société et le monde de la création continue à fonctionner ». Sous le titre «Le Spectacle du quotidien», il a invité des artistes qui abordent notamment le thème de la démocratie ou celui des migrations, si importants dans l’évolution de nos sociétés, dans les rapports entre Hommes comme entre Etats.

 

« On a parfois l’impression de regarder un Temps Présent », s’amusaient des visiteurs suisses lors du vernissage. Ils pensaient peut-être à cette jeune Française, Laura Genz, qui a dessiné quasi au jour le jour, pendant un an et demi, dans un style d’un classicisme déroutant, le quotidien d’une communauté de sans-papiers à Paris. Ou plus sûrement encore à des installations comme What is Democracy ? de l’Autrichien Olivier Ressler, qui a posé cette question à des militants, des migrants, des analystes politiques à travers le monde entier.

Les artistes se prennent-ils donc pour des journalistes? Mais aujourd’hui, que font les journalistes? Que font ceux qui sont en premier lieu censés être en lien avec le réel, dont la profession est de traiter l’actualité du monde, dans toutes ses dimensions? Et bien ils se prennent la tête, avec la définition même de leur métier mais surtout avec la possibilité de l’exercer, devenus simples pions dans une industrie des médias en proie au réalisme économique le plus abrupt.

L’une des perspectives les plus alarmantes, et pourtant des plus unanimement reconnues, est de se retrouver coincé entre deux destins. L’un consiste à arranger entre deux pages de publicité des dépêches au kilomètre pour des consommateurs plus que pour des citoyens. L’autre, certes plus gratifiante, consiste à produire des reportages, des analyses, pour une population plus exigeante mais forcément restreinte tant par son niveau d’éducation que par son porte-monnaie, puisque l’information a un coût qu’on ne sait plus comment financer. Perspective alarmante car il s’agit bel et bien de favoriser une société à deux vitesses aux dépens de son évolution démocratique.

« Qu’est-ce que la démocratie ? », demandent les artistes quand les journalistes risquent de ne plus pouvoir adresser ce genre de question au plus grand nombre. Mais peut-être que l’avenir des journalistes consiste à jouer à leur tour les artistes en inventant des fictions ? Il n’est pas de semaine, ni de jour où une information ne se révèle fabriquée de toutes pièces, trompant justement les simples repreneurs de dépêches…. Comme ce plaisantin anglais qui a piégé les gratuits avec de fausses anecdotes sur la vie des people. On a pu voir ainsi comment une news sur la chevelure d’Amy Winehouse fait vite le tour du monde. Ou ces faiseurs de télé réalité américains qui ont mis en émoi la planète médiatique avec la fausse histoire d’un garçonnet dans une montgolfière en perdition.

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