Journaliste culturel, responsable de Sortir le guide culturel du Temps.
Chacun a la sienne. La table de la cuisine où l’on laisse de petits mots en attendant que le croisement des emplois du temps et des humeurs permettent à nouveau de se retrouver autour d’un verre ou d’un plat. Plus habillée de solennité, celle où s’assoient les diplomates de vieille et belle tradition pour faire taire les canons. La table est aussi le lieu des négociations entre patrons et syndicats, là où peuvent se régler les conflits au sein d’une équipe de travail. Où s’arrangent rachats et fusions économiques aussi…
Depuis longtemps, certains médias n’existent que pour «ramasser de la pub ». Des journalistes tentent bon gré mal gré d’y faire leur travail plutôt que du plublireportage. Dans tous les domaines, du bulletin des commerces du quartier au magazine de luxe, certains y parviennent. Faites une fois le tour de tous les médias que vous connaissez (presse écrite, télévisions, Internet…) et demandez-vous si leur éditeur leur prêterait vie s’ils ne représentaient pour lui une certaine manne publicitaire ? Je veux dire au-delà d’une simple sécurité financière permettant leur fabrication. Vous vous rendrez compte qu’aucun, des plus classiques au plus avant-gardistes n’est à l’abri de votre sondage…
Je suis en vacances. Ou presque, puisque j’ouvre encore l’ordinateur pour écrire cette chronique qui paraîtra à la rentrée. En ce moment, une journaliste qui prend des vacances peut se demander à quoi ressemblera son métier quand elle reviendra. Tout va si vite. Je ne date pas de Nabuchodonosor et pourtant j’ai tapé mes premiers articles avec une machine à écrire mécanique… Je ne pouvais rien demander ni à Google ni à Wikipedia. Aujourd’hui, les techniques évoluent si vite qu’on peut se retrouver à en parler toute une soirée sans jamais aborder les contenus…
«Nous organisons un concert. Et nous comptons sur vous pour faire un peu de publicité à cet événement.» Combien de courriers de ce type sont-ils adressés aux rubriques culturelles des médias? Et il en va sans doute de même en société ou en économie pour d’autres formes de consommation. Le mot publicité dresse généralement le journaliste sur les pattes arrières. Nous les journalistes, nous trions, hiérarchisons, transmettons de l’information. Nous ne faisons pas de publicité! Pourtant, détendons-nous- un peu. Ce qui nous blesse, dans ce genre de demande, c’est la méconnaissance de notre métier…
Branché. Quand j’entends ce mot, j’ai l’impression d’avoir les doigts dans la prise électrique. Branché, branchitude. Il faut dire que le ton généralement utilisé, ou même le rythme de la phrase à l’écrit, pèse son poids de dédain. Un dédain qui signifie bien à quel point l’événement ou la personne en question peut se résumer à du vide. Ce même vide dont on accuse tout ce qui ne vit que par la télévision. Ou par les magazines people. Si bien qu’il n’y a guère que des pauvres d’esprits pour s’affubler eux-mêmes de ce terme de branché qui vous habille de clinquant comme un nouveau riche…
J’ai vu sur un plateau de JT français l’avocate du courtier en bourse le plus célèbre de France, de Navarre, et de tous les royaumes de la planète financière, parler de son client en l’appelant Jérôme, sur un ton à mi-chemin entre amour maternel et complicité sentimentale. Et de pencher la tête sur le côté pour apitoyer les spectateurs sur le sort de ce pauvre innocent pris dans les tentacules de la pieuvre bancaire. Théâtre!
Pour cette chronique, le titre s’est très vite imposé. Et puis j’ai hésité. Je voyais surgir devant moi ces vieilles dames de Jacques Faizant avec leurs guiboles assez fines pour passer dans le chas d’une aiguille! Mais Germaine n’était pas tout à fait une vieille dame de ce genre. Non, Germaine, ou Mlle Duparc, ou Mme Duparc, peu importe ici les conventions, s’est éteinte début janvier à Genève après une belle carrière où elle fut à la fois une maîtresse d’école et une professeure d’Université…
Un samedi après-midi de novembre. Je branche la radio. La Première. L’émission «De quoi je me mêle» propose un reportage sur «Le Courrier», «un des derniers journaux indépendants en Suisse romande…». Décidément, en cette fin d’année, la presse romande tourne en rond. On se remet des Prix, on s’organise des colloques, des assises, on se fait des reportages parmi… Et moi avec puisque c’est la deuxième chronique où je laisse l’art au deuxième plan pour parler journaux… Et toujours cette question de l’indépendance qui revient. Comme un besoin de se redéfinir peut-être…
La culture a ses mécènes et ses sponsors. L’humanitaire est intimement lié au charity business. Et le journalisme? La question vous semble saugrenue? C’est que vous avez manqué, le mois dernier, l’annonce de la création d’une nouvelle agence…
ACDC. Non sans humour, c’est avec ce sigle évocateur de hard rockeurs ringards, que la Haute école d’art et de design (HEAD) et le Centre d’art contemporain de Genève lancent une réflexion sur les relations entre art contemporain et design contemporain aujourd’hui. Sauf qu’ici, l’éclair électrique qui sépare AC de DC (le groupe doit son nom à une inscription au dos d’une machine à coudre Singer, AC/DC signifiant alternating current/direct current), cet éclair donc, fait place a une formulation graphique en forme de coeurs. Faire-part de mariage entre art et design? Il faut rappeler que la HEAD est une nouvelle entité née il y a un an de la fusion (le mot est un peu tabou mais osons-le) entre l’Ecole supérieure des beaux-arts et la Haute école d’arts appliqués, Genève faisant jusqu’alors exception dans sa détermination à séparer les cursus d’apprentissage…
Retour d’Afrique du Nord à la mi-août. Je quitte un pays où tout l’été les émigrés reviennent depuis l’autre côté de la Méditerranée montrer leur belle voiture à la famille et klaxonner dans les fêtes de mariage. Dans l’avion, les journaux que je feuillette évoquent l’arrestation d’immigrés subsahariens illégaux. A chacun ses exils, ses espoirs et ses peines. A mon arrivée à Genève, parmi mon millier de mails, plusieurs m’incitent à retourner à l’expéditeur le tous-ménages, visiblement perdu dans mon courrier postal, que l’UDC a fait parvenir à travers la Suisse (y compris aux étrangers ne bénéficiant pas du droit de vote…) afin de récolter des signatures pour son initiative visant à renvoyer les délinquants étrangers. A le retourner sans signature, juste pour faire payer les frais de port au parti de Blocher.
C’est une évidence qui n’a échappé à personne, dans nos métiers de communication, tout comme les cordonniers sont souvent mal chaussés, nous ne sommes pas toujours les meilleurs communicateurs quand il s’agit de nous. S’exprimer, non pas au nom des autres, non pas en médiateurs, non pas avec le prétexte de son métier, mais pour soi, voilà qui n’est pas toujours évident. Non pas qu’on soit forcément léger ou irresponsable avec les autres, mais c’est un fait, quand il s’agit de se livrer soi-même, il nous arrive de perdre nos moyens. Jean-Dominique Bauby était journaliste. Devenu rédacteur en chef du magazine «Elle», il devait plutôt être à l’aise en société. Mais aurait-il su parler de lui comme il l’a fait dans «Le Scaphandre et le Papillon», s’il ne s’était ainsi retrouvé prisonnier de son corps par le locked-in syndrôme…
«J’ai voulu une dernière fois être dans la même image que toi». C’est un fils qui dit cela à son père, en voix off. Sur l’image, on le voit caresser une dernière fois le corps, le visage de celui qui est mort, puis le contourner pour aller s’asseoir derrière lui. Ou plutôt au deuxième plan, puisqu’il s’agit ici de faire image. Le fils est un faiseur d’images. Un cinéaste. Claudio Pazienza a l’habitude de faire des documentaires en demandant à ses proches de se prêter à de petites scènes pour illustrer ses documentaires…
On aimerait parfois pouvoir croiser deux conversations tenues à quelques jours de distance.Un jour là, avec un homme de culture, un programmateur investi et généreux, qui se demande s’il ne serait pas plus utile à l’avancement du monde en s’impliquant plus directement dans la société. S’il ne devrait pas plutôt oeuvrer dans le social ou dans la politique pour améliorer le sort des gens…
Voilà quelques temps, Régis Debray est passé à Genève pour donner une conférence. Il répondait au Forum Meyrin aux questions du directeur des lieux, Mathieu Menghini, sur cette colère qui l’avait pris au Festival d’Avignon 2005 et qui lui avait fait signer un petit livre pamphlétaire chez Flammarion: « Sur le Pont d’Avignon ». Et bien Régis Debray est toujours en colère.
Jusqu’au 31 mars, une « Belle voisine » invite les Rhône-Alpins à faire sa connaissance. La dame en question, c’est la Suisse, présentée dans ses atours culturels les plus contemporains par Pro Helvetia, et accueillie par plusieurs dizaines de lieux culturels dans toute la région.
Avez-vous déjà envoyé vos cartes de voeux? Au moment où j’écris ces lignes, la question paraît encore totalement saugrenue. Pourtant, dans les entreprises, y compris médiatiques, on a déjà choisi son modèle sans doute. Et je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui, en ce moment, se dégomment alertement sur les ondes, dans les pages des journaux, sur le Net…
Pro Helvetia veut réveiller la culture populaire. On avait plutôt compris que sa mission était d’élever le niveau. Une pointe d’ironie et déjà je vous parais bêcheuse? Il n’est pourtant pas question pour moi de simplement renvoyer d’une moue boudeuse les flonflons folkloriques du Kiosque à musique et de sa cousine télévisuelle La Boîte à musique, ni même Oncle Morisod ou encore les DJ d’ascenseurs qui se produisent dans les grandes parades estivales, pour ne parler que musique…
La Chine! Trouver un sujet sur la Chine! Voilà ce que me suggère ma rédactrice en chef. A moi qui suis en train de dévorer des pavés indiens, d’incroyables romans monde à la manière des Enfants de minuit de Salman Rushdie. Loin de Chandigar, terriblement charnel, premier roman d’un journaliste d’investigation, Tarun J. Tejpal. Et puis Le Grand Roman indien. Shashi Tharoor, charmant haut fonctionnaire onusien, aujourd’hui candidat au Secrétariat général, y a « fictionnisé », « mahabharatisé » l’histoire de l’indépendance indienne…
Pendant le festival, sur les terrasses d’Avignon, à l’heure du petit noir matinal comme au moment de l’apéro, impossible de rester un moment sans que la table ne se couvre peu à peu de publicités pour les spectacles du « off ». Ce sont les acteurs, les metteurs en scène eux-mêmes qui les ont posées, venant, les uns après les autres, dans une harangue pour l’ensemble de la terrasse, ou avec quelques mots en tête-à-tête à votre table, vanter l’originalité, la force, l’humour de leur production. Chaque jour, les troupes démarchent ainsi dans la cité, paradant parfois dans de lourds costumes inappropriés à la canicule, offrant un ou deux échantillons du spectacle, distribuant les flyers…