Le journalisme, un métier d’avenir

le 05.09.2012

En ces temps de crise de la presse, le postulat cité en titre peut paraître naïf. En y regardant de plus près, on peut tous accepter l’idée que la société de l’information ne se fera pas… sans information.

Alors que les effectifs de la profession baissent en Suisse et à l’étranger, le journalisme, avec son lot de principes et de méthodes, devient de plus en plus nécessaire à une société post-moderne en complexification croissante. Plus généralement, si le nombre de journalistes professionnels décroît en occident, la pratique journalistique augmente drastiquement sur toute la planète. Le journalisme est donc l’un des métiers du futur, et ce, pour plusieurs raisons.

Pour la démocratie d’abord. Un choix éclairé ne peut être fait qu’une fois nourri par des informations de toutes natures, indépendantes ou pas, subjectives ou objectives, idéalement clairement identifiées comme telles. Ainsi, pour être indépendante, une information doit être en dehors du champ de subjectivité personnelle de l’auteur (contrairement au journalisme citoyen, forcément fruit d’une implication personnelle) et assurer un revenu réel à son auteur (pour avoir le temps de chercher et de trouver, voire aussi, et on l’oublie trop aujourd’hui, de ne pas trouver).

Pour les médias existants et à venir, ensuite. En effet, tout devient média aujourd’hui. Les journaux, télévisions et radios continuent à être au centre du paysage médiatique, rejoints depuis le début du millénaire par les sites web et mobile, le « digital signage » ou encore la télévision sur IP et ses applications. Autour de cela, les entreprises et fabricants utilisent toujours plus l’information comme différentiateur, comme outil de marketing indirect basé sur la création de valeur ajoutée. Aussi, tous les écrans pouvant diffuser des informations et des contenus vont le faire, du frigo à la machine à café, du rameur au distributeur de billets.

Pour traiter les données, enfin. Entre nos vies numériques et nos existences statistiques, des trillions de nouvelles données sont créées et stockées chaque jour. Forcé à la transparence par la tendance législative (open data) ou par la pression de la rue et des hackers qui la représentent (wikileaks), ces données seront de plus en plus mises à disposition de toutes et tous. Mais les rendre accessibles ne les rend pas compréhensibles, encore moins créatrices de sens. Là encore, c’est la pratique journalistique et ses méthodes qui permettent de faire émerger un fait intelligible d’une masse de données, peu importe que l’on soit un professionnel (cf. le Spiegel ou le New York Times avec wikileaks) ou un groupe de citoyen simplement concerné (cf. le Guardian et l’affaire des notes de frais des parlementaires).

Cette dernière mission, de traiter et de donner du sens aux données, aux informations, s’inscrit dans la lignée de la « curation », tout en faisant le lien avec notre première raison d’être du fait journalistique : la démocratie. En effet, alors que pendant des années, les différentes formes de censures ont cherché à supprimer l’expression des dissidences, la volonté de censure actuelle mise sur la noyade, sur l’étouffement du fait alternatif sous des tonnes de contenus insignifiants… En d’autres termes, on est passé d’un « tais-toi » impératif à « hurles toujours, personne ne t’entend dans le brouhaha ambiant ».

Socialement, le journalisme a tout pour être l’un des métiers de l’avenir. Pour se faire, il devra être pensé comme tel par les professionnels actuels, dont une mission essentielle devrait être de se rendre indispensables aux citoyens-lecteurs qui ont permis leurs existences en tant que corps professionnel constitué.

Clément Charles

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